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LE BROMOÏL ET LES PROCÉDÉS À L'HUILE
Le tirage à l'huile, le bromoïl et le médiobrome font partie d'une même famille
se basant sur le rejet bien connu en lithographie des matières grasses par une surface gorgée d'eau.
Le tirage à l'huile a été décrit dès 1855 par A. Poitevin et mis en pratique par G.E.H. Rawlins
dès 1904, alors que C. Welborne-Piper, se basant sur une théorie décrite par E.J. Wall, mit au point
le procédé bromoïl en 1907. Le
médiobrome est une variante du bromoïl, mise au point par le Belge Léonard Misonne. Il pratiqua ce
procédé entre 1935 et 1943. Il s'agissait en fait de l'application d'encre sur une image partiellement
blanchie, le résultat final étant un mélange d'image à l'encre et argentique. On n'en parlerai
pas ici, puisque la technique est similaire au bromoïl.
Dans le procédé du Bromoïl, l'image argentique contenue dans la gélatine d'une épreuve photographique est
blanchie et en même temps cette gélatine se tanne proportionnellement à la quantité
d'argent qu'elle contient. L'image est ensuite fixée, lavée et séchée. Elle est
retrempée dans une eau plus ou moins chaude qui va faire gonfler la gélatine. On ôte le surplus
d'eau, et on applique une encre grasse, au pinceau ou au rouleau. Cette encre est absorbée là où la
gélatine a été tannée (les ombres) et rejetée là où la gélatine
s'est gonflée d'eau (les hautes lumières). De cette façon, l'image argentique est graduellement
remplacée par l'encre. Par l'application judicieuse de plusieurs couches d'encre de différentes
consistances, et en travaillant sélectivement certaines parties de l'image, l'artiste a un très bon
contrôle de l'image qu'il construit petit à petit.
Ce procédé, qui a été très en vogue auprès des "pictorialistes"
connaît actuellement un regain d'intérêt certain.
LE TIRAGE A L'HUILE
Pour le tirage à l'huile (ou oléotypie), on utilisa des papiers à la
gélatine bichromatée. Ces papiers ne sont plus fabriqués. Pour en fabriquer soi-même,
il faudra d'abord gélatiner un papier de son choix, puis le sensibiliser avec une solution à 2% de
bichromate d'ammonium (ou 3% de bichromate de potassium). Laisser sécher dans l'obscurité.
Ce papier devra être exposé par contact (lumière naturelle ou lampe UV), et
"développé" par un lavage pendant une heure environ, à l'eau progressivement plus
chaude, sans dépasser 38°C.
On dispose d'une matrice prête à recevoir l'encre de la mème manière qu'une épreuve
bromoïl. La matrice encrée peut constituer le résultat final, ou être transférée sur un autre
papier en utilisant une presse, et le papier gélatiné comme "planche à impression".
LE BROMOÏL
Le papier
À l'origine, un certain nombre de papiers ont été fabriqués spécialement pour le
bromoïl. Plus sensibles que les papiers pour le tirage à l'huile, ils permettaient l'impression par
agrandissement. Ces papiers comportaient une couche épaisse de gélatine très tendre, non
recouverte d'une couche anti-abrasion. Ces papiers ont tous disparus. La plupart des papiers photographiques actuels
ne conviennent que peu ou pas au bromoïl, principalement à cause d'une couche superficielle trop dure
(papiers "supercoated"). On a vu réapparaître quelques papiers spécialement
conçus pour le bromoïl, comme le Bromoprint ou le Bergger Brom 240. Un autre papier particulièrement
adapté au bromoïl est le Kentmere Document Art, dépourvu lui aussi d'une couche anti-abrasion
(non supercoated). D'autres papiers barytés, mats de préférence, peuvent convenir.
Le Tirage
Il faut avant tout éviter un contraste total excessif, les noirs profonds et les blancs purs. Grosso modo, on
utilisera un papier du grade juste inférieur à ce que l'on utiliserait pour un tirage normal, et on
surexpose d'un diaphragme ; ainsi, les ombres profondes se traduisent par du gris et les hautes lumières gardent
un maximum de détail. En effet, lors de l'application de l'encre, les plus faibles densités ne seront
pas rendues, tandis que la densité des ombres sera considérablement accrue.
Le Révélateur
L'épreuve doit être développée bien à fond. Les révélateurs rapides agissant
principalement en surface ne conviennent pas. Le révélateur ne doit pas non plus tanner la gélatine.
En général, on utilisera un révélateur doux, ne contenant pas de soude caustique.
Le Fixage
Le fixateur doit être non tannant, les autres entravant le gonflement de la gélatine. La formule la plus
simple, et la plus efficace: 100 gr. de cristaux de thiosulfate de soude (hyposulfite) pour 1 litre d'eau.
On peut aciduler modérément ce bain, de préférence au métabisulfite de potassium ou
à l'acide borique (certains types de bisulfite de soude contiennent des sels insolubilisant la surface
gélatinée).
Le Lavage
Le tirage doit être lavé à fond, à l'eau courante bien renouvelée (une laveuse pour
papiers barytés est bien utile..). L'utilisation d'un éliminateur d'hyposulfite, "Hypo-Clear" ou autre,
que l'on trouve dans le commerce ou qui peut facilement être préparé soi-même, est conseillée.
Durée du lavage: 45 minutes à 1 heure.
Le Blanchiment
Ce bain élimine l'argent métallique et a un effet tannant proportionnel à la quantité
d'argent enlevée. On prolonge l'immersion jusqu'au triple du temps nécessaire pour la disparition
complète de l'image. Un séjour trop prolongé peut provoquer un tannage généralisé
de la gélatine, suffisant pour rendre l'encrage très difficile. L'image a maintenant une légère
teinte jaune-verte. Après ce blanchiment, la matrice est lavée (15 minutes) et fixée (5 minutes
dans une solution d'hyposulfite à 10%) : à défaut de fixage, l'image réapparaîtrait...
Lavage final pendant 45 minutes, et enfin séchage complet.
On dispose maintenant d'une image prête à l'encrage, aussi appelée "matrice". On peut conserver
une matrice pour ne procéder à l'encrage que bien des mois après.
Trempage
Avant l'encrage proprement dit, il faut immerger la matrice pendant un temps plus ou moins long dans une eau plus ou
moins chaude. Température et temps dépendent dans une large mesure des types de papier et d'encre
utilisés. Le gonflement est inversément proportionnel à la quantité de
lumière reçue et provoque l'apparition d'une image en léger relief. Sortez ensuite la matrice de l'eau et épongez-la rapidement, face et dos. En aucun cas, il ne
peut rester des gouttelettes sur l'image.
Encrage
On utilise différentes consistances d'encres grasses. Une encre fluide, comme l'encre typographique, permet des
noirs plus profonds et des gris plus nuancés, mais nécessite un gonflement plus fort de la gélatine
(obtenu par une immersion prolongée dans une eau plus chaude).
L'image peut être encrée au pinceau, ou au rouleau. Le défaut le plus courant des débutants est
d'appliquer trop d'encre à la fois. Il est préférable d'y aller doucement, par plusieurs couches
légères successives, en construisant progressivement l'image. Certains mouvements permettent de déposer
de l'encre, d'autres d'en enlever ou de la redistribuer sur le papier.
Dès que l'épreuve commence à sécher, il faut la retremper et la tamponner délicatement pour
enlever toutes les gouttelettes de la surface avant de continuer à appliquer d'autres couches. On utilisera un
pinceau humide, des bouts d'éponge en viscose, des cotons-tiges humides, etc… pour accentuer les hautes
lumières et donner plus de vie et de relief à l'image.
Il n'est pas nécessaire d'acheter des pinceaux spéciaux pour bromoïl, en poils naturels (putois)
taillés en biseau. Ils sont rares, difficiles à trouver, et chers. D'autres pinceaux à poils
naturels (soies de porc..) ou artificiels peuvent convenir: blaireaux à barbe, pinceaux à maquillage,
pinceaux utilisés en cuisine, etc… Les effets seront très différents suivant le type de pinceau
utilisé: des poils plus durs donneront plus de grain à l'image par exemple.
Pour finir, rappelez-vous que les principes essentiels du bromoïl se limitent aux "3P":
Pratique, Patience, Persévérance….
BIBLIOGRAPHIE
- Der Bromöldruck - Dr. A. Mebes -- 1914
- Bromoil Printing and Bromoil Transfer, Dr. Emil Mayer - 1923
- Perfection in the Pigment Processes, Chris J. Symes, 1924
- Bromoil and Transfer, Leonard G. Gabriel - 1930
- La Technique Photographique, L.P. Clerc, 1947
- La Photographie à l'Huile, E. Trutat - Bibl. Photorevue, série bleue n°5
- The Keepers of Light, William Crawford, 1979
- History and Practice of Oil and Bromoil Printing, Luis Nadeau, 1985
- The art of Bromoil & Transfer, David Lewis, 1994
- Bromoil 101, Gene Laughter, 1999
J. Kevers [Fermer la Page]
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